—Notre maison et la sienne communiquent par les caves. Si je vous l'ai caché jusqu'à présent, c'est que je comptais bien me servir de votre surprise pour arracher une promesse.
—Laquelle?
—Le comité royaliste de Paris vous a envoyé ici pour que vous puissiez décider Son Altesse à retourner en Angleterre.
—Vous savez…
—M. de Kardigân et moi nous le savions. Maintenant que vous savez que tout danger est écarté de cette tête auguste, décidez! Vous nous avez crus endormis, à Paris, vous avez cru que, satisfaits d'avoir accompli notre devoir pendant la guerre, nous ne pensions plus à défendre Celle qui s'est confiée à notre loyauté? Vous vous étiez trompé, monsieur Berryer. Nous vivons toujours pour le devoir! Que le danger arrive, et nous sommes là-bas, dans cette maison que vous venez de quitter, dix ou douze chouans, déguisés de façon grotesque et prêts à mourir ici comme en Vendée!… Allez, monsieur Berryer, allez dire à Madame de rendre tous nos travaux inutiles, tous nos efforts vains, toutes nos fatigues superflues… Allez!
Avant que Berryer ait eu le temps de répondre, une petite porte s'était ouverte et une voix féminine dit:
—Venez, cher monsieur Berryer, je vous attends..
* * * * *
Une demi-heure plus tard, Berryer s'en retournait par le même chemin.
Que s'était-il dit entre lui et Son Altesse? Nous l'ignorons. Mais
Madame avait refusé de partir.
À peu près à la même heure, Deutz obtenait du préfet l'ordre d'arrestation du grand orateur.