Madame avait refusé de quitter Nantes. Elle considérait que là était son poste et qu'elle ne devait pas le quitter.
Berryer, au fond du cœur, préférait que la princesse n'abandonnât pas ses amis, ses serviteurs. Les paroles de Henry de Puiseux l'avaient touché. Il reconnaissait, à part lui, que le comité supérieur de Paris ne pouvait pas juger sainement la situation, éloigné comme il l'était du théâtre du drame vendéen.
—Eh bien! lui demanda Henry, pendant que tous les deux traversaient de nouveau les caves, qui reliaient l'une à l'autre les deux maisons de la rue Haute-du-Château.
—Eh bien, mon cher monsieur de Puiseux, vous avez gain de cause.
—Madame reste?
—Oui.
—Merci. Parce que si vous aviez voulu que Son Altesse partît, votre éloquence irrésistible aurait su la convaincre!…
Ils arrivaient à la maison garnie des frères Mirliflor.
—Avouez que c'eût été dommage de ne pas profiter de tout cela! s'écria Henry, en riant. Tant d'inventions spirituelles en pure perte! M. de Kardigân et moi nous sommes revenus de Londres, après avoir bien étudié le fort et le faible. Comment nous y prendrions-nous pour rentrer à Nantes sans qu'on en sût rien. Ah! le plus difficile, monsieur Berryer, ce n'était pas de pouvoir vivre ici cachés: c'était de pouvoir être encore utiles à Madame.
Ils étaient remontés dans la chambre même où les déguisements s'étaient révélés au grand orateur. Jean-Nu-Pieds et Aubin Ploguen les attendaient.