—Jamais…
Le bonheur les enveloppait.
Ils suivaient lentement le petit chemin qui menait à la chaumière occupée par la jeune fille. Il semblait à M. de Kardigân qu'il devait reconduire sa fiancée à sa demeure.
Comme ils passaient devant la petite église, Fernande s'arrêta:
—Ami, dit-elle, je voudrais y entrer et prier Dieu…
Elle ajouta, serrant doucement la main de celui qui allait devenir son mari:
—Jean, vous ne savez pas tout. J'étais entrée dans cette petite église, il y a quelques heures, le cœur brisé. Il me semblait que nous étions pour toujours séparés l'un de l'autre. Je m'étais jetée aux pieds du Sauveur, le suppliant de me sauver, car je n'avais pas la force de vivre sans vous, et je n'avais pas le courage d'être lâche avec vous! Et il y a des malheureux qui osent dire que Dieu n'entend pas… que Dieu est sourd à nos prières!… Dieu m'a entendue… Madame priait Dieu à côté de moi!…
Et comme le jeune homme la regardait étonné, elle lui raconta cette rencontre d'où était sortie son allégresse, cette rencontre qui avait fait d'elle une femme heureuse entre toutes les femmes.
Les églises de Bretagne, celles du moins des communes jetées dans le mouvement royaliste, restaient ouvertes toute la nuit. Il fallait que le soldat qui s'apprêtait à toute heure à mourir pût à toute heure aussi prier Dieu.
Ils y rentrèrent et allèrent s'agenouiller devant cette légende de Pie V dont nous avons dit la douce poésie. Le ciel ne venait-il pas de faire un miracle pour eux comme il avait fait un miracle pour le saint Pape?