Madame ne sortait jamais. Sa vie était d'une régularité désespérante. Passer ainsi de l'existence dramatique de la guerre à la réclusion d'une prison volontaire, c'était dur pour une organisation si vive. Mais elle se résignait en pensant qu'elle accomplissait son devoir.

Madame demeurait dans la chambre du second étage que nous avons dépeinte. Elle prenait ses repas au premier, et généralement elle admettait à sa table M. de Ménars, les demoiselles Deguigny, et mademoiselle Stylite de Kersabiec.

Quand Henry de Puiseux arriva, la cloche du rez-de-chaussée sonna. C'était le moyen employé pour prévenir d'un danger; car on avait souvent de rudes alertes, dans cette petite maison qui avait l'honneur d'abriter la première femme de France! Les régiments passaient presque chaque semaine dans la rue pour entrer ou sortir de la ville.

Aussitôt Madame se réfugiait dans une cachette particulière, qui mérite une description, étant devenue historique, et dont nous parlerons plus tard.

—Entrez, de Puiseux! dit Madame, quand on lui eut annoncé le jeune gentilhomme.

—La santé de Votre Altesse est-elle bonne aujourd'hui?

—Oh! ma santé est bonne, ce n'est pas cela qui m'inquiète!

Pauvre princesse! Elle souleva tristement un coin du rideau pour apercevoir un peu de ce ciel bleu qu'elle aimait tant.

—J'ai des moments de découragement, murmura-t-elle. Ne jamais sortir!
Rester toujours enfermée… Je donnerais un trésor pour faire une course
folle, au milieu de la plaine, avec un horizon devant moi. L'horizon!…
Regardez le mien. Ce sont les quatre murs de cette chambre!…

Elle courba le front. Henry se taisait, ému devant cette plainte si féminine.