—Mais ne parlons plus de tout cela, reprit-elle avec une gaieté un peu forcée. Je n'ai pas le droit de me plaindre de douleurs si mesquines quand les meilleurs de mes amis ont souffert si durement pour moi… Qu'aviez-vous à me dire, de Puiseux?

—Madame, je viens soumettre à Votre Altesse un fait de la plus grande gravité. M. de Charette a ordonné que personne ne fût introduit auprès de vous sans une permission expresse signée de lui. A peine cinq ou six d'entre nous sont-ils exceptés de cette loi sévère, mais nécessaire. Or, un jeune homme, nommé Deutz…

—Mon filleul!

—Oui, Madame.

—Je crois pourtant qu'on peut avoir confiance en lui.

—Ce jeune homme a plusieurs fois sollicité la faveur d'être reçu par
Votre Altesse. Jusqu'à présent, M. de Charette avait toujours refusé.
Mais aujourd'hui, ce M. Deutz revient à la charge, insiste pour être
conduit auprès de vous, et M. de Charette est absent.

—Absent ou non, on doit respecter l'ordre qu'il a donné.

—Alors, Madame…

—Dites à Deutz que je le regrette, mais qu'il m'est impossible de manquer aux commandements du chef que j'ai nommé moi-même.

Henry de Puiseux s'éloignait déjà, enchanté au fond du cœur que la duchesse de Berry fût aussi prudente; mais celle-ci le rappela tout à coup.