—Ne faites pas cela! Je ne veux pas que vous fassiez cela, s'écria-t-il avec emportement. Mon argent est gagné, je ne veux pas qu'on me fasse perdre mon argent! Une imprudence pourrait tout compromettre.

—Soit, je n'en ferai rien. Mais pensez qu'il me faut un renseignement sûr demain soir, autrement…

—Autrement?…

—Notre marché est rompu.

Deutz, en écoutant le préfet, jouait avec un canif à la lame très-légère. Il eut un tressaillement si fort, que la lame se brisa net en deux parties.

—Vous n'auriez garde de rompre notre marché, dit-il. Vous avez trop besoin de moi. Croyez-vous que je sois un niais? Je sais ce qui se passe. La Chambre s'impatiente et veut voir la fin de la guerre vendéenne. Cette fin n'arrivera que le jour où Madame sera votre prisonnière. Or, moi seul je puis vous la livrer. Vous voyez bien que vous avez encore plus besoin de moi que je n'ai besoin de vous!

—Savez-vous bien, monsieur, que vous êtes un drôle? ne put s'empêcher de dire M. Maurice Duval, outré que Deutz osât lui parler ainsi.

—Insultez-moi, si cela vous fait plaisir, riposta tranquillement le juif. Tout cela est payé.

Il se leva.

—J'ai le regret de prendre congé de vous, monsieur le préfet. Mais il est sept heures du matin, et je ne veux pas manquer la messe…