La messe! Chez cet homme, tout était calcul et hypocrisie. Il avait réfléchi que quelques chouans devaient aller à l'église ayant dans la paroisse de la rue Haute-du-Château, et il tenait à ce qu'on l'y vit.
Son pressentiment ne l'avait pas trompé. Henry de Puiseux, Jean-Nu-Pieds, Aubin Ploguen et quelques autres étaient déjà assis dans l'église, quand Deutz y entra:
—Il faut qu'on me voie, murmura-t-il. On le vit.
Mais il avait tort de croire qu'il était important pour lui de dérouter les soupçons. Personne n'en éprouvait.
A la sortie de l'office, Deutz traversa la nef et alla demander à se confesser. On lui fixa le jour suivant.
Il rentra chez lui et attendit. Henry de Puiseux avait son adresse et devait le faire prévenir de l'heure à laquelle Madame daignerait le recevoir.
Mais la journée s'écoula sans qu'il reçût aucun message. C'était bien pour le lendemain cependant que son audience lui avait été fixée. Quand le Judas vit grandir le crépuscule et l'ombre de la nuit couvrir la ville, il eut un horrible battement de cœur. Pas de nouvelles! il n'avait pas de nouvelles! Est-ce que Madame se serait ravisée? Il eut l'envie de courir à la préfecture, et de dire au préfet:
—Madame demeure rue Haute-du-Château, n°3, dans une maison à trois étages. Envoyez les soldats.
Mais la même pensée qui l'avait empêché de faire cela une première fois, l'arrêta encore.
Il était fort possible que Madame ne l'eût pas reçu dans la maison qu'elle habitait. Si, par hasard, il avait raison dans ses craintes, une fausse manœuvre ne servirait qu'à mettre les royalistes sur leurs gardes, et à les avertir qu'on était sur les traces de la princesse.