La soirée s'écoula, lente, personne ne vint.

Deutz ne se possédait plus.

—On me volera mon argent! murmura-t-il en se promenant à grands pas dans sa chambre, et quand il eut entendu sonner minuit à l'horloge voisine.

—Pourquoi ne m'a-t-on fait rien dire? Cinq cent mille francs! je pourrais perdre une pareille somme! Oh!…

Ses yeux s'injectaient de sang.

Il se jeta sur son lit et tâcha de dormir.

Mais il ne put retrouver son sommeil lourd et profond de la nuit précédente, alors qu'il était si heureux, si fier d'avoir bien suivi sa piste.

Le lendemain, 2 novembre, il s'éveilla tard. Pendant toute la journée, il s'astreignit à ne pas sortir. Son visage avait repris cette teinte grise que nous lui avons vue la veille chez le préfet. Sa rage tournait à l'abattement.

Toute la soirée s'écoula encore sans que la lettre attendue arrivât, puis la nuit. Cette fois il s'endormit, brisé par l'émotion de l'attente, par la fièvre de la crainte. Il rêva, et, dons son rêve, il vit un monceau d'or, qu'il croyait avoir à portée de sa main, et qu'il ne parvenait cependant pas à toucher. Il s'éveilla plusieurs fois, le front moite de sueur. Cet homme était horrible à voir dans son sommeil. Son visage était contracté; ses dents serrées laissaient échapper deux mots qu'il répétait:

—Mon argent! mon argent!