—Vous savez sans doute que Madame daigne vous confier une mission en
Espagne. Elle vous donnera elle-même sa lettre quand elle vous recevra.
Voici une somme de deux mille francs pour vos frais de voyage.
Comment allait-il passer ces trois jours d'attente qui lui étaient imposés? Il avait tant souffert pendant les deux fois vingt-quatre heures qui venaient de s'écouler. Puis il sentait que, pour rien au monde, il ne fallait risquer de tout perdre par une imprudence.
D'un autre côté, s'il voulait éviter d'aller à la préfecture, il était de toute nécessité qu'il pût avertir M. Maurice Duval du retard survenu.
Vers midi, il s'était mis à sa fenêtre, quand la voix d'un mendiant attira son attention. Ce mendiant chantait une complainte, et tendait la main en demandant la charité.
Deutz n'aurait certes pas continué de s'occuper du vagabond, s'il ne lui avait semblé qu'il levait fréquemment les yeux sur lui. Alors il l'examina avec plus de soin, et il reconnut un des espions attachés à la police de la préfecture.
Aussitôt il prit un carré de papier, sur lequel il écrivit cette ligne:
Trois jours. Chose faite.
Puis il enveloppa une pièce de monnaie dans ce carré de papier, et jeta le tout dans la rue.
Le mendiant ramassa prestement le petit paquet et s'éloigna.
Le soir même, Deutz recevait une lettre de M. Maurice Duval, par la poste, laquelle lettre lui donnait le moyen de correspondre secrètement avec la préfecture et sans qu'on pût se douter de l'accord qui existait entre eux.