—Demain.

—Dites à ma sœur d'Espagne, continua tristement la princesse, que je la prie de penser quelquefois à moi; dites-lui que si je puis quitter mon poste de combat, c'est dans son royaume que j'irai me réfugier. Allez, monsieur, et Dieu vous garde.

Deutz sortit à reculons, en saluant Madame avec le plus profond respect.

Il était environ cinq heures du soir, le juif croyait pouvoir être sûr que c'était bien réellement dans cette maison que demeurait Madame. Au reste, un hasard allait lui prouver qu'il ne se trompait pas. Comme il arrivait au premier étage, il aperçut la table mise dans la salle à manger, par une porte ouverte. Il y avait sept couverts, car la duchesse de Berry recevait à dîner ce soir-là madame de Charette, sa belle-fille.

On nous permettra de consigner ici une observation historique, assez curieuse. Madame de Charette, mère du célèbre et glorieux général des zouaves pontificaux, était fille d'un mariage morganatique contracté en Angleterre par le duc de Berry. Les enfants du héros de Patay seront donc à la fois issus des Stuarts, par les Fitz-James, et des Bourbons, c'est-à-dire qu'ils auront dans les veines le sang des deux premières familles princières du monde.

Deutz fut donc convaincu, que non-seulement Madame demeurait rue Haute-du-Château, mais encore qu'elle allait se mettre à table. Le moment était donc bien choisi.

Il sortit tranquillement de la maison. Mais à peine fut-il dehors, qu'il se hâta de courir à la préfecture.

L'autorité militaire, prévenue depuis le matin, se tenait prête. Des soldats avaient été consignés dans leurs casernes.

Quand Deutz arriva, le général comte d'Erlon, présent à la préfecture, fit avertir le général Dermoncourt et le colonel Simon Larrieu, commandant intérimaire de la place.

Un assez grand déploiement de forces militaires était nécessaire pour deux raisons: la première, parce qu'il pouvait y avoir une révolte parmi la population; la seconde, parce qu'il fallait cerner un pâté tout entier de maisons[13].