En conséquence, douze cents hommes environ furent mis sur pied.

Ils se partagèrent en trois colonnes, dont le général Dermoncourt prit le commandement, accompagné du comte d'Erlon et du préfet, qui dirigeait l'opération.

La première, conduite par le commandant de la place, descendit le Cours, laissant des sentinelles jalonnées tout le long des jardins de l'évêché et des maisons contiguës, longea les fossés du château et se trouva en face de la maison Deguigny, où elle se déploya.

La seconde et la troisième colonnes, à la tête desquelles le général Dermoncourt s'était mis, traversèrent la place Saint-Pierre et se divisèrent là.

L'une descendit la grande rue, l'autre fit coude par celle des Ursulines et vint rejoindre par la rue Basse-du-Rempart la colonne commandée par M. Simon Larrieu[14].

La troisième, descendit directement la rue Haute-du-Château, et vint, sous la conduite du colonel Lafeuille, du 56e, et du commandant Viaris, rejoindre les deux autres, qui se réunirent à elle, en face la maison Deguigny[15].

Ainsi l'investissement fut complet. Il était environ six heures du soir. La soirée était belle. A travers les fenêtres de l'appartement où elle était, la duchesse de Berry voyait la lune se lever sur un ciel calme, et sur sa lumière se découper, comme une silhouette brune, les tours massives du vieux château[16].

Il y a des moments où la nature nous semble si douce et si amie, qu'on ne peut croire qu'au milieu de ce calme un danger veille et nous menace[17].

Les craintes qu'avaient éveillées chez Madame les lettres reçues de
Paris, s'étaient évanouies à ce spectacle.

Lorsque tout à coup M. de Puiseux, en se rapprochant de la fenêtre, vit luire les baïonnettes et avancer vers la maison la colonne conduite par le colonel Simon Larrieu.