Il en résulta pour les prisonniers des dangers réels: la fumée passa par les lézardes des murs ébranlés par les coups de marteau, et la plaque qui n'était pas encore refroidie devint brûlante. L'air de la cachette devenait de moins en moins respirable; ceux qu'elle renfermait étaient obligés d'appliquer leurs bouches contre les ardoises, afin d'échanger contre l'air extérieur leur haleine de feu; Madame était celle qui souffrait le plus, car, entrée la dernière, elle se trouvait en face de la plaque; chacun de ses compagnons lui offrit à plusieurs reprises d'échanger sa place avec elle, mais jamais elle n'y voulut consentir.

Cependant, au danger d'être asphyxiés venait, pour les prisonniers, de s'en joindre un nouveau, celui d'être brûlés vifs. La plaque était rouge, et le bas des vêtements des femmes menaçait de s'enflammer. Déjà deux fois même le feu avait pris à la robe de la Duchesse et elle l'avait étouffé à pleines mains, aux dépens de deux brûlures dont elle conserva longtemps les marques: chaque minute raréfiait encore l'air intérieur, et l'air extérieur fourni par les trous du toit entrait en trop petite quantité pour le renouveler.

La poitrine des prisonniers devenait de plus en plus haletante. Rester dix minutes de plus dans cette fournaise, c'était compromettre les jours de Madame. Chacun la suppliait de sortir, elle seule ne le voulait pas; ses yeux laissaient échapper de grosses larmes de colère qu'un souffle ardent séchait sur ses joues. Le feu prit encore une fois à sa robe, une fois encore elle l'éteignit; mais, dans le mouvement qu'elle fit en se levant, elle souleva la gâchette qui fermait la porte de la cachette, et la porte de la cheminée s'entr'ouvrit un peu; mademoiselle de Kersabiec y porta aussitôt la main pour la faire rentrer dans le pêne, et se brûla violemment.

Le mouvement de la plaque avait fait rouler les mottes appuyées contre elle, et avait éveillé l'attention du gendarme qui se délassait de son ennui en lisant des Quotidiennes, et qui croyait avoir bâti son édifice pyrotechnique avec plus de solidité. Le bruit produit par les tentatives de mademoiselle de Kersabiec fit naître en lui une singulière idée: il se figura qu'il y avait des rats dans la cheminée, et, pensant que la chaleur allait les forcer de sortir, il réveilla son camarade et tous deux, le sabre à la main, se mirent de chaque côté de la cheminée, prêts à couper en deux le premier qui paraîtrait.

Ils étaient dans cette position, lorsque Madame, à qui il avait fallu un courage extraordinaire pour résister si longtemps, déclara qu'elle ne pouvait plus tenir; au même instant, M. de Ménars, qui depuis longtemps la pressait de se rendre, repoussa la plaque d'un violent coup de pied.

Les gendarmes étonnés se reculèrent en disant:

—Qui est là?

—Moi, répondit Madame! Je suis la duchesse de Berry.

Les deux gendarmes s'élancèrent aussitôt sur le feu qu'ils dispersèrent à coups de pieds. Madame sortit la première, forcée de poser ses pieds et ses mains sur le foyer brûlant; ses compagnons la suivirent. Il était neuf heures du matin, et depuis seize heures ils étaient renfermés dans cette cachette sans aucune nourriture.

Les premières paroles de la duchesse furent pour demander le général Dermoncourt. Un des gendarmes descendit le chercher au rez-de-chaussée qu'il n'avait pas voulu quitter. Pendant ce temps, elle remettait à l'autre un sac qui l'embarrassait, et dans lequel étaient renfermés 13,000 francs en or, dont une partie en monnaie d'Espagne.