Madame resta deux jours en rade; les vents étaient contraires: enfin le 16, à sept heures du matin, la Capricieuse déploya ses voiles, et, remorquée par le bateau à vapeur qui ne la quitta qu'à quatre lieues en mer, elle s'éloigna majestueusement. Quatre heures après, elle avait disparu derrière la pointe de Pornic…

XI

LA VENGER

On se souvient qu'au moment où l'auguste prisonnière, encore libre, avait voulu s'enfuir dans la maison habitée par le marquis de Kardigân, Henry de Puiseux était accouru, lui disant:

—La maison est occupée!

C'était vrai, hélas! D'où était venue cette dénonciation? De Deutz, sans doute; de Deutz, pour nous et pour eux; car les chouans ne pouvaient pas hésiter à accuser le juif de cette infâme trahison, qui venait, pour de longues années encore, de perdre la cause royaliste.

La maison était donc occupée par les soldats. On se contenta d'enfermer les locataires qui l'habitaient dans une salle basse. Par bonheur, cette salle basse communiquait aux caves. Henry de Puiseux, Jean-Nu-Pieds, Aubin Ploguen, Damoiseau, se glissèrent dans les caves et se barricadèrent dans la soute au charbon.

Nous n'avons pas à les suivre pendant les seize heures qui s'écoulèrent entre l'instant où l'on entra chez Madame et l'instant où la cachette de la cheminée fut découverte.

La préoccupation de trouver la princesse était beaucoup trop grande pour qu'on s'inquiétât fort de savoir ce qu'étaient devenus nos héros.

Franchissons donc un espace de trois jours.