—Écoutez, général, moi j'aime tout ce qui est franc et loyal, et le Courrier est franc et loyal; je désire aussi l'Ami de la Charte. Celui-là pour un autre motif, dit-elle avec une extrême mélancolie; celui-là m'appelle toujours Caroline, et c'est mon nom de jeune fille: mon nom ne m'a pas porté bonheur.
En ce moment, M. Maurice Duval entra; comme la première fois, il négligea de se faire annoncer; comme la première fois, il souleva son chapeau à peine; il alla droit au buffet, où l'on venait de porter des perdreaux desservis de la table de Madame. Il se fit donner une fourchette et un couteau, et se mit à manger, tournant le dos à la duchesse.
Madame dit au général Dermoncourt:
—Savez-vous ce que je regrette le plus dans le rang que j'ai perdu?
—Non, Madame.
—Deux huissiers, pour me faire raison de cet homme!
Cette conduite de M. Duval avait tellement révolté la Duchesse, qu'elle revenait sans cesse sur son chapitre.
—Chapeau sur la tête! chapeau sur la tête! murmurait-elle.
Le lendemain, à minuit, on réveillait Madame, mademoiselle de Kersabiec et M. de Ménars. Ils montèrent dans une voiture qui les conduisit à la Fosse, où les attendait un bateau à vapeur sur lequel se trouvaient déjà MM. Palo, adjoint du maire de Nantes; Robineau de Bougon, colonel de la garde nationale; Rocher, porte-étendard de l'escadron d'artillerie de la même garde; Chousserie, colonel de gendarmerie; Ferdinand Petit-Pierre, adjudant de la place de Nantes, et Joly, commissaire de police de Paris, qui devaient conduire la duchesse à Blaye. Madame était accompagnée, en se rendant au bateau, de M. le comte d'Erlon, de M. Ferdinand Favre, maire de Nantes, et de M. Maurice Duval.
À quatre heures, le bateau partit glissant en silence au milieu de la ville endormie. À huit heures, ou était à Saint-Nazaire, à bord de la Capricieuse.