Deutz eut peur, il crut qu'on voulait lui arracher son argent. Alors il le serra sur son cœur, prêt à le défendre avec autant d'ardeur qu'une mère en mettrait à défendre son enfant.
Mais quand il vit qu'il n'en était rien, et qu'il ne s'agissait pour lui que de quitter le ministère, il saisit les billets de banque à pleines mains, et les enfonça dans ses poches, au hasard.
—Chassez cet homme! répéta le ministre.
Alors Deutz releva la tête:
—Me chasser, moi? Je suis riche, murmura-t-il.
Puis, haussant les épaules, il sortit.
* * * * *
Il passa cette nuit-là tout entière à compter, à recompter, à tout compter son trésor. Il les jetait au vol à travers la chambre, ces billets de banque, qui représentaient pour lui la somme de bonheur qu'un homme peut goûter sur terre.
Il prit, pour ainsi dire, un bain de volupté horrible, se complaisant à se rappeler tous les détails de l'acte qui lui avait procuré cette fortune, et s'applaudissant en lui-même de son habileté.
La fatigue seule le terrassa: il s'endormit couché sur ce lit de billets de banque, qui frottaient leurs atomes soyeux contre son front, ses joues, ses yeux…