Depuis le commencement de cette scène, Deutz avait tout compris. Mais, s'il n'avait pas bougé, c'est que la rage et le désespoir le tenaient cloué au sol. Il avait cru, le monstre, que son crime resterait caché, et qu'il pourrait jouir en paix de la fortune qu'il avait ramassée dans la boue.

Puis tout à coup, il s'apercevait que son nom était voué à l'exécration et au mépris; que son nom était imprimé tout vif… Il s'enfuit… traversa comme un fou les bureaux du banquier, la cour de la maison… et ne s'arrêta que dans la rue. Là, il chercha à rassembler ses idées, mais le désordre de ses pensées ne le lui permit pas. Il se mit à courir, et arriva ainsi jusqu'au boulevard:

—Eh bien! j'en épouserai une autre! murmura-t-il. Je suis riche. Voilà ce qu'il y avait de plus important. Celle-là n'a pas voulu de moi… j'en épouserai une autre!… Ces gens-là savent que c'est moi… mais tout s'oublie… dans quinze jours, on aura cessé de penser à cette aventure…

Il marchait rapidement suivant la ligne des boulevards dans la direction du Château-d'Eau.

Comme il passait dans ce qu'on a appelé depuis le boulevard du Crime, il vit un grand chantier où travaillaient une vingtaine d'ouvriers.

Sa course folle l'avait épuisé. Il s'appuya contre le chantier pour respirer un peu.

En le voyant si pâle, un des ouvriers crut qu'il était malade. Or, mettez dans une foule un blessé, un bourgeois en redingote et un ouvrier en blouse, c'est l'ouvrier qui, le premier, parlera d'aider de sa bourse le malheureux.

Un grand gaillard, à la figure avenante et loyale, s'avança vers lui:

—Est-ce que vous êtes souffrant, l'ami? lui dit-il.

—Oui…