—Non, mon cousin… puisque nous sommes cousins, reprit-elle en souriant, il faut d'abord nous connaître. Vous êtes riche: je suis pauvre. C'est donc à moi à faire la difficile… pour vous. Peut-être cédez-vous à un mouvement généreux.
Si vous devez vous repentir, mieux vaut que ce soit avant qu'après. Je continuerai ma vie habituelle jusqu'à ce que… Et tenez! pour commencer, je vous permets, pour la première fois, de rester dans ma chambre. J'attends une ouvrière de magasin qui a, comme moi, un travail à finir. Nous nous réunissons tantôt chez l'une, tantôt chez l'autre, pour économiser le feu et la lumière. C'est mon tour ce soir.
Elle lui tendit la main, comme une honnête femme qui ne se méfie pas du mal.
—Avez-vous dîné?
—Non.
—Voulez-vous dîner avec moi?
—Volontiers.
Elle alluma le feu, un pauvre feu de charbon dans la cheminée, et la petite lampe éclaira bientôt la mansarde de sa douce et pâle lueur.
—Oh! vous dînerez mal, je vous préviens.
Ce que Lia appelait «dîner» composerait à peine une collation. Elle ne mangeait de viande que le dimanche. Elle fit chauffer du lait, c'était le potage. L'entrée c'était de la charcuterie, et le dessert des confitures. Encore c'était le grand repas. A midi, elle ne mangeait qu'un morceau de pain.