Le marquis expliqua la volonté de Madame. Le conseil des royalistes arrêta que cette volonté serait respectée naturellement; mais qu'en exécutant les ordres de la princesse on se porterait sur les communes de Lugnau et de la Buffière pour y désarmer la garde nationale.
Il était environ neuf heures du matin. Les légitimistes ne pouvaient s'attendre à être attaqués, et bien qu'ils fussent armés, ils croyaient que l'autorité militaire n'était pas instruite de leur réunion.
Cependant, vers dix heures, Aubin Ploguen qui, monté sur le faîte de la maison, guettait dans la plaine, aperçut un paysan qui accourait vers le château, à travers champs.
Ce paysan s'arrêtait de temps à autre, regardait derrière lui, puis restait quelques instants couché dans l'herbe à plat ventre. Ensuite il reprenait sa course.
Le brave chouan ne voulut pas interrompre le conseil de ses maîtres. Il quitta son observatoire, descendit rapidement l'escalier, et arriva dans la cour du château.
En ce moment même, le paysan y entrait. Il avait reconnu de loin Aubin
Ploguen, car il se dirigea vers lui.
—Ah! mon Aubin, dit-il encore tout essoufflé, fasse le ciel que j'arrive à temps!
C'était Lenneguy, celui que nous avons vu arriver au château de
Kardigân, conduisant Fernande déguisée en Pinson.
—Comme tu es ému, mon gars, s'écria Aubin. Que se passe-t-il donc?
—Les messieurs sont là?