Elle ne put rien ajouter. Elle était évanouie.

Deutz se précipita au dehors et s'enfuit.

Il faisait nuit. Il arriva tout courant jusqu'aux ponts, et il entrait dans la première rue qui s'offrait à ses regards, comme huit heures du soir sonnaient à l'horloge de l'Institut.

Alors seulement il s'arrêta. Sa colère était devenue de la rage.

—Cette femme, cette misérable femme! murmura-t-il. Elle est pauvre pourtant! Et elle préfère sa pauvreté… Non, ce n'est pas possible. Il y a autre chose. Depuis quand a-t-on refusé un mari riche? Elle en aimait un autre… Alors, pourquoi m'avait-elle accepté d'abord, pour me refuser ensuite? Ce serait donc réellement parce que…

Son sang bouillonna à la pensée de la nouvelle insulte qu'il venait de supporter. Il serra les poings, et, avec une indicible expression de fureur:

—Il y a un être désintéressé au monde, un être qui méprise l'argent, et il faut que je le rencontre!

Il prononça cette phrase sans se douter qu'il blasphémait.

Relevant la tête, il porta autour de lui son regard haineux. Il contempla la rue où il se trouvait, une vieille rue encaissée, muette, où les passants étaient rares, et les hautes maisons silencieuses qui se dressaient à droite et à gauche.

—Ainsi, pensa-t-il, je suis exécré, méprisé dans chacune de ces maisons! Dans chacun de ces appartements je trouverais, en y cherchant, des êtres pour qui je suis un objet d'exécration! Non. C'est impossible!… Ces Simons… Ils sont riches: sans cela ils ne m'auraient pas chassé! Cette fille… Oh! cette fille… Des ouvriers m'ont injurié… Mais si j'avais voulu leur jeter une poignée d'or, ils auraient crié: vive Deutz!… Cette fille!… Eh bien, soit, elle est honnête et désintéressée… Une par hasard… il faut bien qu'on en rencontre quelquefois!… C'est qu'elle aussi m'a chassé… Et après? Ce n'est qu'une aventure à oublier. J'oublierai cela, comme j'ai oublié tant de choses, pour ne plus penser qu'à ma fortune, à mon argent…