C'était bien Sarah, en effet, la fille aînée de la juive, la sœur de Lia. Elle n'en était plus à être surprise. L'aventure où elle se trouvait jetée ressemblait tellement à un roman! Quelle est la femme de ce genre qui ne croit pas au Petit Manteau Bleu, au protecteur inconnu, à toutes ces légendes en cours parmi ces créatures? Elle se laissa faire et monta la première; elle s'arrêta devant une porte, au second étage, de cette maison de la rue Corneille.
L'appartement était simple et fastueux en même temps: on y reconnaissait les traces du luxe de la veille qui sera la misère le lendemain. Pas un seul livre! Est-ce qu'elles ont le temps de lire? Peut-être çà et là un roman de Ducray-Duminil ou un drame de Guilbert de Pixérécourt. L'ameublement est un mélange disparate où la table de bois commun coudoie l'étagère en bois de rose. Sur le parquet, du tapis d'Aubusson, mais tâché, sali, usé jusqu'à la corde.
Il faisait froid, elle jeta une bûche dans la cheminée du salon. Quelle différence entre ce logis, et la demeure de l'ouvrière!
Quand Sarah vit flamber la flamme, elle regarda l'inconnu. Deutz s'était assis dans un fauteuil et la contemplait.
—Parlez, maintenant, dit-elle. Que voulez-vous de moi? que m'offrez-vous? Vous m'avez promis de m'arracher à mon enfer: le pouvez-vous, seulement? Je ne sais même pas s'il est encore temps!
Elle ajouta, après une pause:
—Comment me connaissez-vous?
Puis, baissant la voix, courbant la tête, avec une navrante expression de honte:
—Est-ce que tout le monde ne me connaît pas, moi? balbutia-t-elle.
Elle devait croire à un bon sentiment de la part de cet homme qui entrait si brusquement, et d'une manière imprévue dans son existence.