—Bien…
Les deux gars sortirent de la cour.
A leur droite, s'élevait un petit bâtiment qui bordait un parc. Ils se jetèrent dans le parc, le traversant rapidement. Ils n'avaient pas leurs fusils. Leur seule arme était ce bâton noueux, si terrible dans les mains robustes des Bretons.
Arrivés à l'extrémité du parc, ils se trouvèrent arrêtés par le mur de clôture. Ce ne pouvait être un obstacle pour un gaillard comme Aubin. Il se hissa tranquillement sur le mur.
—Et moi? demanda Lenneguy.
—Attends!
Aubin empoigna le gars à la ceinture, et le tira à côté de lui à bras tendu, aussi facilement qu'un enfant eût fait d'une plume.
La descente devenait aisée. Ils sautèrent purement et simplement. Puis, une fois en plaine, ils prirent leur course.
Lenneguy et Aubin Ploguen couraient côte à côte, la tête haute, la bouche fermée et les coudes serrés à la hanche. Leur pas égal atteignait à la vitesse d'un cheval au grand trot. On a vu des Bretons franchir ainsi des espaces considérables: quand ils se sentent fatigués, ils attrapent un caillou tout en courant et se le mettent dans la bouche. Ce rafraîchissement leur permet une nouvelle étape!
En une demi-heure, ils franchirent six kilomètres à peu près. Qu'on ne soit pas étonné; le fait s'est produit souvent. Quand Lenneguy s'arrêta, ils étaient dans ce qu'on appelle une combe. La combe est ce creux raviné que produisent deux collines à leur point de jonction.