Le paysan s'orienta, regardant avec soin autour de lui; puis il se mit à plat ventre et se grimpa comme un chien à quatre pattes sur le haut d'une de ces collines. Arrivé au sommet, il fit signe à son compagnon de venir le rejoindre.

Aubin Ploguen monta auprès de lui, en usant du même moyen. Ce n'était pas une précaution inutile. Les deux collines sont sèches et dépouillées d'arbres, exposées aux regards, même à une certaine distance. Mais évidemment, de loin, ces paysans à quatre pattes, ramassés sur eux-mêmes, devaient ressembler beaucoup plus à des lièvres gigantesques qu'à des hommes.

Au sommet commence une sente qui descend tout doucement dans la plaine par une courbe légère. Toute cette étendue de terrain est complètement déboisée; mais Lenneguy et Aubin ne se préoccupaient pas de si peu de chose.

Ils avaient été élevés par leurs pères dans les traditions de la grande chouannerie. Tous les deux se mirent la tête entre les deux genoux, de manière à la protéger, puis la recouvrant de leurs bras repliés, ils se laissèrent rouler comme des boules du haut en bas de la colline.

Là, autre obstacle.

Les druides ont semé de dolmens cette terre granitique de la Bretagne. Or, deux grands dolmens, impassibles dans leur majesté séculaire, se dressaient devant les gars. Seulement, au lieu de passer dessus, comme ils avaient fait en face du mur, ils passèrent dessous.

C'était à la fois moins dangereux et plus rapide.

Ils se glissèrent en rampant sous l'encastrement des pierres, et arrivèrent à la sortie des dolmens qui donnaient sur la grande route de Clisson.

Il y avait à ce moment trois quarts d'heure qu'ils avaient quitté le château de la Pénissière. Par la ligne droite, la distance qui les en séparait était de douze kilomètres; par la route choisie par eux, de neuf. Ils gagnaient donc trois quarts de lieue, et il faudrait aux lignards au moins trois heures pour arriver au château.

A quelques mètres sur la gauche, s'étageait sur un coteau le petit village de Roivieux.