—Ah! ils se troublent.

—Ma foi, oui.

—Eh bien, mon vieillard, si tu n'avais pas les cheveux blancs, je t'enverrais loger avec eux où on va les conduire. Vous vous entendez tous pour me tromper. Mais, vive Dieu! voilà ce qui ne sera pas.

Lenneguy et Aubin étaient déjà au milieu du peloton de soldats, commandé par un sergent. Sur l'ordre de l'adjudant-major on les conduisit à une centaine de mètres en dehors du village, à une ferme de ce M. Dubois, que Lenneguy traitait de bleu.

Il y avait une grande cave dans cette ferme.

On y fit descendre les deux chouans. Puis, comme les caves bretonnes ferment au moyen d'une trappe qui retombe et bouche l'entrée, on se contenta de placer deux soldats le fusil chargé à l'ouverture.

Arrivé dans la cave, Aubin se laissa tomber sur un fût de cidre, cacha sa tête dans ses mains, et songea.

Le chouan ne désespérait jamais. Il avait toujours la volonté vivante en lui. Arrêté maintenant, il se disait qu'il serait peut-être libre au bout d'une heure, non qu'il craignît la fusillade qu'on lui réservait.

En vérité, c'était la moindre de ses inquiétudes; mais il se rappelait la phrase du capitaine et il avait peur. Celui-ci ne s'était-il pas écrié, quand le gendarme lui eut parlé bas à l'oreille:

—Enfin! nous tenons ceux de la Pénissière! Or, c'était Ceux de la
Pénissière
qu'il fallait sauver avant tout.