Alors le fils de Cibot Ploguen, avec autant de facilité que s'il eût transporté un sac de varech, prit dans ses bras chaque tonneau, petit ou grand, l'un après l'autre, et les déposa à l'extrémité du souterrain. Que le tonneau fût lourd ou léger, plein ou vide, il ne s'en occupait guère. Pour lui, l'important était de se frayer un chemin.
Après dix minutes de ce travail herculéen, un jet de lumière parut derrière quelques grosses barriques placées encore là.
Aubin acheva sa besogne comme il l'avait commencée, c'est-à-dire qu'il enleva les barriques comme le reste. Alors les chouans aperçurent la lumière du soleil qui passait à travers un soupirail assez large, mais, comme tous les soupiraux, fermé par de fortes barres de fer. Aubin avait accompli en dix minutes un travail pour lequel dix ouvriers auraient demandé une demi-journée.
Il sentait combien le temps était précieux. Un retard pouvait avoir des suites funestes et coûter la vie aux héroïques soldats de la légitimité, enfermés à la Pénissière.
Aubin Ploguen monta sur les épaules de Lenneguy et atteignit au soupirail; puis, saisissant un des barreaux de fer entre ses mains puissantes, il le tordit et l'arracha hors de son alvéole.
Bien que la force inouïe d'Aubin fût populaire dans les paroisses bretonnes, Lenneguy resta plongé dans une admiration stupide. Les manifestations d'une qualité physique ont toujours du prestige aux yeux des demi-intelligences.
Le barreau arraché laissait un espace assez grand pour que chacun des deux chouans pût, à son tour, passer au travers.
Cette fois encore, Aubin se hucha sur les épaules de son ami et s'assit sur le rebord; puis là, il se mit en devoir de répéter la même manœuvre accomplie quelques heures auparavant pour franchir le mur du parc du château.
—Prends ma main, dit-il.
Lenneguy obéit.