—Courage, mon gars! dit-il pour la seconde fois.

Lenneguy incline la tête. Mais déjà son regard est terne: une écume sanglante couvre ses lèvres; et pourtant ils courent toujours.

Aubin Ploguen veut franchir la distance, en passant à travers les rangs des soldats; aussi il faut qu'ils soient deux, car si l'un tombe frappé d'une balle, il faut que l'autre arrive au but et crie: Alarme!

—J'ai… j'ai… soif… râle Lenneguy.

Aubin jeta un regard autour de lui. O bonheur! à vingt mètres en avant, sur la droite, s'élève un rideau de peupliers ombrageant une joyeuse rivière, qui roule rapidement ses eaux claires sous un dôme de feuillage.

—Dans une minute tu boiras, mon gars, dit-il.

Lenneguy se ranime un peu. Ils arrivent à la rivière.

—Allons! un bon coup, mon gars!

Lenneguy commence par s'étendre à plat ventre dans l'herbe pour respirer.

—Cinq minutes de plus ou de moins, pensa le Breton, c'est la vie ou la mort, peut-être… Mais le pauvre diable est harassé, il peut bien se reposer. Nous courrons un peu plus vite.