—Lenneguy, mon gars, dit Aubin, encore un coup de jarret pareil pendant un kilomètre et nous tomberons au milieu des soldats.
Lenneguy ne répond rien. Le froid l'envahit malgré la chaleur écrasante de la journée, malgré sa course effrénée; mais la machine est montée et ne s'arrête pas. Quatre kilomètres les séparent encore du château, un quart de lieue des soldats. Aubin triomphe. Ils auront le temps d'arriver, car, s'ils peuvent passer au milieu des brigands sans blessures, ils auront au moins vingt minutes d'avance.
Ils se trouvent en ce moment au bas d'une montée assez raide de cent mètres.
—Un dernier effort, Lenneguy!
Lenneguy et Aubin se rapprochent l'un de l'autre. Ploguen est le plus solide des deux. Il met le bras de son ami sous le sien pour le soutenir. Hourrah! la montée est franchie.
—Tiens, regarde, dit-il.
Au bas de la montée, dans la plaine, on voyait briller les pantalons rouges et reluire les canons de fusil.
—Les voilà, ces chiens de bleus! grommelle Aubin. Des tortues! nous allons plus vite que les grands mâtins de chevaux du père Dubois.
Avez-vous vu une trombe descendre une montagne, en Suisse? Les deux paysans dévallaient pareillement. En une minute, ils eurent gagné la plaine, et en avant!
Le danger a doublé. Les soldats sont là devant eux. Encore quelques pas, et il leur faudra, à ces deux braves Bretons, passer sous les feux croisés de leurs ennemis.