Plus ils approchent des charrettes, plus Aubin Ploguen sent que le danger augmente. En effet, comment éviter dix, vingt, trente décharges successives?

Si encore on pouvait échapper à une première attaque! Mais comment faire?

Soudain, il aperçoit la route qui fait un grand coude et se replie sur elle-même. On peut peut-être couper sur la gauche, passer parallèlement aux soldats en courant dans la lande, et regagner la route en ayant de l'avance…

—Lenneguy, à travers champs!

Lenneguy comprend, et les voilà tous les deux courant au milieu de ces mille mottes de terre qui s'écrasent sous le pied et augmentent la difficulté de la marche.

N'importe, ils avancent.

Cependant, le capitaine distingue au milieu de la lande ces deux hommes qui se précipitent. Il prend sa longue-vue et reconnaît les deux chouans.

—Feu! crie-t-il.

Cinq ou six coups de fusil partent. Un nuage de fumée enveloppe les Bretons. Mais, bien que placés à soixante mètres à peine, les soldats sont gênés dans leur tir par le mouvement des charrettes. La décharge passe au-dessus de la tête de ceux qu'elle devait atteindre.

—Feu! répète le capitaine.