—Messieurs, dit Jean, il nous reste un quart d'heure pour décider ce que nous allons faire.
Je ne suis votre chef que dans la bataille.
Dans le conseil nous sommes tous égaux. Chacun doit apporter sa voix et ses avis.
Nous avons deux partis à prendre: rester ou bien reculer. Rester, c'est mourir; reculer, c'est vivre. Et j'ajoute, c'est vivre sans honte, car ce poste ne nous est confié par personne. Nous sommes ici, plutôt qu'ailleurs, de notre propre consentement.
Voici bien franchement la question telle qu'elle doit être posée.
Réfléchissez, et décidez.
Un silence assez grand suivit les paroles de Jean-Nu-Pieds. Ils se regardaient tous un peu étonnés.
—Pardon, un mot, dit Henry de Puiseux en sortant du cercle et en s'avançant. Si nous devons battre en retraite, pourquoi ces apprêts de défense auxquels nous avons perdu du temps, pourquoi ces arbres que nous avons abattus? Que diable! nous sommes des soldats et non pas des bûcherons.
Jean-Nu-Pieds sentit le blâme qui perçait dans les paroles de son ami, et lui jeta un regard de reproche.
Ce regard gêna Henry qui détourna les yeux.
Jean reprit: