Les deux tiers de leurs ennemis gisaient, morts ou blessés. Eux n'avaient qu'un tué et que trois hors de combat.

Les soldats reculèrent derrière les murailles, ainsi qu'ils avaient fait au début. Ils avaient la conscience de leur défaite. Il était impossible qu'ils tinssent là plus longtemps. Plus d'un accusait la folie de leur capitaine qui s'entêtait à rester là, pour faire se briser les siens contre cette forteresse dévorante. Et pourtant, le capitaine était le plus exposé, courant de l'un à l'autre, excitant celui-ci de la voix, et celui-là de l'exemple, ne s'arrêtant jamais, et le premier à la mort, comme il était le premier au commandement.

Les deux clairons sonnaient. On entendait leurs notes de cuivre à peine couvertes par les détonations. Puis les cris devenaient plus rares et les râles plus nombreux.

Tout à coup les bleus poussèrent un grand cri de triomphe… Des roulements de tambour éclatèrent sur la route, et un renfort de cent hommes se précipita dans la cour du château.

Un frisson mortel secoua Jean-Nu-Pieds.

Il fallait recommencer cette lutte effrayante. Les premiers vaincus, il fallait vaincre encore les seconds. Sa voix domina le tumulte et cria pour la seconde fois:

—Pour la France! pour le Roi!

Il fit un geste et les clairons augmentèrent la vitesse de leur sonnerie.

—Feu! feu! hurlèrent les bleus. C'était de la fureur.

Pâle, les cheveux hérissés, Henry de Puiseux se penchait, en épaulant, en dehors de la fenêtre du premier étage, et à chacun de ses coups répondait un gémissement sourd, cette lugubre plainte de l'homme plein de vie qui se sent atteint par la mort.