En bas, le même spectacle continuait. Attaque inutile du côté des soldats, défense furieuse du côté des blancs. Les deux clairons ne s'arrêtaient pas: seulement ils ne sonnaient plus ensemble. Quand l'un se reposait, l'autre reprenait, et toujours ainsi, comme s'ils se relayaient au poste donné par le chef.

Les soldats faiblissaient, c'était certain. Ils reculaient jusqu'au fond de l'esplanade. La cour et la route, au dehors, étaient jonchées de cadavres, frappés tous par devant… O héroïsme perdu! O Français des deux côtés, comme le cœur bat d'émotion, d'admiration et de douleur, quand il pense à cette glorieuse et fatale journée. Sur dix officiers, il y en avait six de blessés. La position n'était plus tenable. Le capitaine adjudant-major rongeait ses poings. Il vit les hommes faiblir. Il ne put admettre qu'ils eussent reculé après s'être battus quatre contre un.

—À l'assaut! à l'assaut! cria-t-il.

Mais la panique était parmi eux. Un qui prit la fuite entraîna les autres. Ils se précipitèrent tous au dehors avec épouvante. Le capitaine tenta vainement de les rallier. Impossible! On n'entendait plus sa voix. Puis ces clairons d'enfer qui sonnaient, sonnaient toujours! cela terrifiait les malheureux.

Pris de désespoir, le capitaine ne voulut pas suivre les siens dans leur fuite. Il s'élança vers le perron, désarmé, pour mourir.

—Un ennemi vaincu n'est plus un ennemi! cria Jean-Nu-Pieds.

Les Vendéens comprirent. L'officier resta deux minutes debout sur le perron attendant la mort, qui ne venait pas. Cette héroïque folie de leur chef fit honte aux soldats. Ils se retournaient déjà, lorsque, de nouveau, des roulements de tambour, mêlés aux clairons des chouans, retentirent sur la route.

Le capitaine se redressa:

—Ce sont les nôtres! les nôtres! dit-il.

Les bleus jetèrent une énorme clameur qui dut faire frissonner les morts de la bataille.