—Il va s'abattre.

—Non, je le soutiendrai.

Et, en effet, nouvel Antée, il alla se poster au milieu du passage, et, élevant les deux bras en l'air, il soutint les poutres qui menaçaient d'écraser les chouans. Les soldats ne comprirent rien à l'acte de folie sublime de cet homme qui s'exposait à leurs coups. Les Vendéens passèrent un à un dans le corridor. Aubin Ploguen était debout, les veines du front gonflées, tenant dans ses mains la muraille. Le paysan empêchait le château de crouler! Et les balles des bleus sifflaient autour de lui, et les Vendéens tiraient et les clairons sonnaient toujours! C'était grand comme une page de l'Iliade, comme un de ces poëmes des chevaliers d'autrefois.

Le chouan, debout, soutenait un mur, comme Antée.

Quand tous eurent franchi la partie dangereuse, Aubin Ploguen fit un bond terrible et s'élança pour les rejoindre. Mais, comme il ôtait ses mains, le plafond s'abîma, et une poutre enflammée le renversa, en l'atteignant en pleine poitrine…

Mais Aubin Ploguen se releva d'un bond. La violence du coup l'avait terrassé. La poutre, le frappant au poumon, aurait tué un autre homme que ce paysan, bâti comme un rocher.

Jean-Nu-Pieds avait chancelé en voyant tomber son fidèle Breton. Quand il le vit debout, non blessé, il le serra dans ses bras avec une joie ardente.

Cependant le moment de terminer cette lutte grandiose était venu. Le marquis de Kardigân comprit qu'ils ne pouvaient plus tenir que peu d'instants dans ce château miné par les flammes. Il fit cesser la moitié de la fusillade. Une partie des chouans devait tirer, pendant que l'autre partie prendrait part au conseil. Les clairons sonnaient toujours. Il n'y avait pas à hésiter sur la décision. Il fallait opérer la retraite, si du moins c'était encore possible.

Là encore se présentait la même difficulté. Tous les chouans ne pouvaient pas quitter le château, car il fallait que les soldats les y crussent encore renfermés.

Voila donc ce qui fut arrêté.