Pendant que la plus grande partie des Vendéens sortiraient, huit resteraient à faire le coup de feu. Mais là s'offrait une autre difficulté. Personne ne voulait partir. Il y eut, entre ces murailles brûlantes, au milieu de ces fusillades enragées et du son éternel des trompettes, un combat de générosité sublime. Jean-Nu-Pieds voulut interposer son autorité de chef; on refusa de lui obéir.
—Messieurs, dit-il, les instants sont précieux. Chaque minute perdue ne se retrouvera plus. Il faut donc que nous nous hâtions. Il le faut.
—Que faire?
—Écoutez-moi. Nous sommes trente encore. Eh bien, vingt-deux partiront et huit resteront. Sur ces huit, sept seront désignés par le sort; moi je serai le huitième.
—Pardon, il n'y en aura que six, dit tranquillement Henry de Puiseux en s'avançant.
—Il n'y en aura que cinq, dit de même Aubin Ploguen.
Tous les deux étaient venus se ranger à côté de Jean. Celui-ci ne pensa même pas à les récuser. Il lui semblait si naturel que ses amis ne le quittassent pas!
Les chouans se hâtèrent de tirer au sort. Un des clairons devait rester avec les assiégés; le second marcherait en tête des chouans en retraite.
Sitôt que cela fut arrêté, les vingt-deux hommes sautèrent dans les terrains qui s'étendaient derrière le château.
Ce fut un mouvement navrant! Avant de se séparer ils s'embrassèrent… Ceux qui partaient savaient bien que les huit qu'ils laissaient derrière eux étaient condamnés à mort.