Elle se tut! puis, avec une rage sourde:
—Je l'aimais, moi, à me perdre pour lui dans ce monde et dans l'autre… Je l'aimais, à incendier une ville, s'il l'eût désiré; j'étais prête à tout, parce que je l'aimais et que mon amour ne ressemble pas au vôtre! Enfant! enfant! tu courbes le front: moi je relève le mien. Tu penses à mourir? Je pense à le venger. Quoi! ces bandits l'ont tué, et ils vivent! Tu es lâche!
La fureur contenue de Jacqueline se faisait jour. Ses yeux lançaient des éclairs.
—Dieu défend la vengeance, dit doucement Fernande. Je pardonne à ceux qui l'ont tué, comme, en mourant, il a dû leur pardonner lui-même.
—Faiblesse! lâcheté!
—Pourquoi maudirais-je le ciel? reprit la jeune fille avec un sourire navrant. Dieu fait bien ce qu'il fait. Vous avez raison de vouloir l'ensevelir, je veux le conduire moi-même à sa dernière demeure. Puis… Oh! alors je ne penserai pas comme vous à haïr et à me venger. Je me coucherai le long de sa tombe, et Dieu me prendra à lui pour nous unir dans la mort, puisqu'il n'a pas voulu que nous fussions unis dans la vie.
Jacqueline comprit-elle le déchirement de cette âme?
Elle se promena dans la chambre, furieuse, pâle, emportée.
—Vingt contre un! murmura-t-elle… voilà comme ils combattent!
Elle s'arrêta de nouveau devant Fernande qui restait écrasée: