MONTJOIE.
Certes; mais je ne puis m'empêcher de voir le résultat de ma révélation. Ces deux jeunes gens s'aiment: voilà deux cœurs brisés peut-être, et par ma faute.
ÉDITH, gravement.
Ne craignez rien, monsieur. Si leur amour est sincère et immuable, leur séparation n'aura qu'un temps: ces amours-là renversent tous les obstacles.
DANIEL.
Chère Édith!
Je n'ai qu'à m'incliner, mademoiselle. Mais vous, capitaine, reconnaissez qu'il est pour le moins bien douloureux de rejeter sur un honnête homme le poids de la faute commise par... par son père.
DANIEL.
C'est douloureux, il est vrai, mais vous aurez obéi à votre conscience[A]. Remarquez que vous avez bien voulu me demander d'abord mon avis sur un cas spécial. Je vous ai dit en toute loyauté ce que je pensais. A présent, la conversation dévie; vous vous en prenez à la grande question de la responsabilité. Permettez-moi de garder le silence, car j'ai là-dessus des idées tellement particulières qu'elles vous sembleraient trop paradoxales.