L'illustre médecin s'asseyait près du lit, et réveillait Jacques doucement. Le blessé ouvrait les yeux et regardait avec confiance la figure du savant où rayonnait la bonté.

—C'est le maître du docteur, Jacques.

—Bonjour, monsieur Borel, dit le jeune garçon en tendant la main au médecin, devenu son ami.

Puis, il reportait les yeux sur M. Grandier qui l'étudiait maintenant avec son regard pénétrant de psychologue. Il avait les cheveux blonds de sa mère; et, comme elle aussi, des yeux d'un bleu sombre, fiers, passionnés et résolus. Il tenait entièrement de Françoise. On eût dit que l'âme de cette femme était entrée dans le corps de cet enfant. Le visage, pâli par la souffrance, par les longues semaines passées au lit, s'amincissait au menton, accusant une finesse énergique. Les lèvres se dessinaient très nettement: signe de volonté et de courage. Quant au front, il apparaissait large et puissant sous les cheveux blonds.

—Borel a raison, pensait M. Grandier. Il y a là un homme.

Il continua, reprenant son sourire bienveillant:

—Mon cher enfant, je vais examiner votre plaie.

—Merci, Monsieur. Si vous saviez comme M. Borel a été bon pour moi!

—Allons, Jacques, tais-toi! répliqua celui-ci.

—Non, je ne me tairai pas! Vous avez été bon, très bon. Sans vous, je serais mort dix fois. Je suis heureux de le dire et de le répéter. Je serai heureux de m'en souvenir, surtout.