Faustine feignit de ne pas sentir la rudesse de son accent.
—Alors, Monsieur, vous refusez de venir chez moi? reprit-elle souriante.
—Oui, Madame.
—Pourquoi?
Il eut un geste violent:
—Parce que je vous aime!
Faustine se leva toute pâle. Un léger frisson courait le long de son corps.
—Comment vous êtes-vous despotiquement emparée de tout mon être? Je ne sais pas. C'est un poison lent qui s'est glissé dans mes veines. Est-ce que j'ai aimé, moi, avant de vous connaître! Aucune femme ne m'a jamais fait ressentir ce que j'éprouve. Je regardais l'amour comme un plaisir, comme un passe-temps. Vous êtes venue, et voilà que je ne peux plus vivre sans vous! Qu'est-ce que vous voulez que je devienne? Je suis tout seul; je n'ai que ma mère. Si vous ne m'aimez pas, je suis perdu. Il ne me reste plus qu'à me jeter à l'eau. Ne riez pas! Je ne suis pas un de vos jeunes gens élégants qui font la cour à une femme par plaisir ou par désœuvrement. Je vous aime... Si vous ne m'aimez pas aujourd'hui, vous m'aimerez un jour... Et puis... je ne sais plus ce que je dis... Je vous en supplie, ayez pitié de moi...
Faustine s'était laissée retomber sur le fauteuil, violemment secouée par ces paroles ardentes, qui l'épouvantaient et la ravissaient à la fois. Les premiers mots de Jacques lui avaient fait peur; voilà maintenant qu'il demandait grâce, qu'il s'humiliait, que des larmes coulaient de ses yeux.
—Pardonnez-moi, je suis un enfant. Je vous dis des absurdités... Je vous aime, je vous aime, je vous aime...