Il jeta un grand cri.
—Rappelez-vous votre promesse! Je vous aime, et je ne peux pas être à vous. Le mensonge me répugne et la trahison me révolte. Si je vous appartenais, je ne pourrais plus vivre.
—Qu'est-ce que vous voulez que je devienne? murmura-t-il d'une voix brisée par les sanglots.
A son tour, il tombait assis, épuisé, vaincu; Mme de Guessaint s'approcha de lui, et doucement, avec une tendresse exquise:
—Voyez, dit-elle, c'est moi qui viens à vous maintenant. Vous souffrez, vous pleurez, mon pauvre ami? Est-ce que vous croyez que je ne souffre pas, moi aussi? Je m'étais juré que vous ne connaîtriez jamais mon amour pour vous. Je me confie à votre honneur et j'en appelle à votre loyauté. Je vous aime. Vous êtes le premier qui m'ait donné l'émotion irrésistible que je ressens. Si nous ne pouvons pas être l'un à l'autre, il nous reste au moins un bonheur suprême, celui de nous aimer sans honte, puisque nous serons sans reproche. Est-ce que je ne vous livre pas ce qu'il y a de meilleur en moi? Est-ce que vous ne possédez pas ma tendresse, mon cœur, ma pensée? Adieu, Jacques. Regardez-moi bien en face. Je veux savoir si vous m'avez comprise.
—Vous partez...
—Oui. Je vous supplie de me laisser partir.
—Vous reviendrez?...
—Je vous le promets. Adieu.
Il voulut s'élancer, la retenir; elle lui échappa... et s'enfuit.