—Qu'avez-vous donc? demanda-t-elle un peu inquiète.

—Vous ne m'en voudrez pas, ma bien-aimée? Vous ne trouverez pas que je me laisse aller à des pensées bien vulgaires dans le grand bonheur qui m'arrive? Si je vous disais que je regrette... mon Dieu, c'est bien naïf... je regrette que vous soyez riche, que vous soyez une femme enviée et adulée. Je voudrais vous épouser pour vous, rien que pour vous, pour votre beauté qui me ravit, pour votre intelligence que j'admire, pour ce charme divin qui est en vous.

Faustine souriait, heureuse des paroles de Jacques. Elle goûtait le bonheur dans toute sa plénitude.

—Si vous saviez ce que j'ai souffert quand vous êtes partie! Je ne pouvais plus travailler. Il me serait impossible d'être encore un artiste si vous ne m'aimiez pas. J'ai besoin de vous comme on a besoin du soleil. Je vous adore!

Ils faisaient des projets d'avenir, tranquilles et confiants, se jetant à corps perdu dans la sublime espérance qui les berçait. Que leur manquait-il pour être heureux? Il ne voyait pas un nuage dans leur ciel. La main dans la main, ils se parlaient presque à voix basse. Elle voulait savoir ce qu'il avait fait depuis son départ, et il avouait tout, avec sa loyale franchise. Il disait son désespoir, sa colère, sa jalousie; il racontait comment, dans sa rage, il avait détruit ce buste radieux où Faustine revivait, hautaine, et souriante. Il ne cachait même pas ses désordres, les plaisirs qu'il cherchait pour s'étourdir et oublier.

—Ah! les hommes, les hommes! murmura la jeune femme avec un soupir. Ainsi, vous m'aimez, vous m'aimez passionnément, je le crois. Et d'autres femmes pouvaient exister pour vous!

—C'est le passé. Pardonnez-le-moi. Le passé, quel qu'il soit, laisse toujours de l'amertume aux lèvres. Ah! chère, quel radieux bonheur je vous dois!

Et de nouveau, ils reprenaient les projets caressés, arrangeant leur existence, préparant leur avenir. Comme elle serait fière de porter le nom de cet homme célèbre! Comme il serait fier d'être le mari d'une pareille femme! Puis, ils reparlaient de leur amour plutôt comme deux amants que comme deux fiancés. Car c'étaient bien des amants qui s'uniraient par des liens indissolubles. Certains de l'immortelle durée de leur tendresse, ils voulaient se serrer l'un contre l'autre pour traverser la vie. Le jour baissait, et ils échangeaient encore leurs douces confidences.

—Il faut que je parte, dit-elle.

—Déjà!