—J'ai su que vous aviez quitté Paris après le malheur qui vous a frappée, Madame. D'ailleurs, je n'avais pas lieu de vous importuner. J'étais le notaire de M. de Guessaint, je suis le vôtre, et je connais à fond les affaires qui vous intéressent. Vous étiez mariés sous le régime de la communauté; en cas de décès, le survivant devait hériter. Ne voyant pas la nécessité de pourvoir à l'administration des biens de votre époux, présumé absent, je vous ai laissée tout entière à votre douleur.
Les affaires d'intérêt ne préoccupaient guère Faustine. Deux mots seulement la frappaient dans la phrase de l'officier ministériel. Pourquoi disait-il en parlant de son mari «présumé absent»? Me Denizot lui donna tout de suite l'explication nécessaire.
—La situation est bien nette, Madame. L'article 15 du Code civil ne permet aucun doute. Lorsqu'une personne aura cessé de paraître au lieu de son domicile ou de sa résidence, et que depuis quatre ans on n'en aura point de nouvelles, les parties intéressées pourront se pourvoir devant le tribunal de première instance, afin que l'absence soit déclarée.
Faustine ne voyait toujours qu'une question d'affaire, débattue par un homme d'affaires.
—Cependant, maître Denizot, mon mari est déjà mort depuis cinq mois.
—Vous commettez une petite erreur, Madame. M. de Guessaint n'est pas considéré comme mort, mais comme disparu.
—Je ne comprends pas bien la différence.
—Elle est capitale, cependant. Dans le premier cas, vous entreriez tout de suite en possession de son héritage; dans le second, vous êtes forcée de l'attendre.
—Cela n'a pas beaucoup d'importance pour moi. Que je sois plus ou moins riche, qu'importe? Si je viens à me remarier, mon second mari m'épousera pour moi, non pour ma fortune.
Me Denizot, vieux notaire, blanchi dans le respect du Code, ne connaissait qu'une chose: LA LOI. Quand on commettait devant lui une hérésie de jurisprudence, il bondissait comme si on eût attaqué une maîtresse adorée. En écoutant Mme de Guessaint, il se contenta de témoigner une stupéfaction profonde. Il lui semblait impossible qu'une créature humaine pût être aussi ignorante des lois de son pays. Il crut avoir mal entendu et répliqua: