Il écoutait, les yeux baissés. Quand Françoise se tut, il releva le front.
—Non, ma mère; non je n'oublierai pas et je ne veux pas oublier! Je l'adore; toute ma vie, toute mon espérance, tout mon bonheur sont dans cet amour-là! Et je la fuirais, et je ne la reverrais plus!... C'est impossible. Mieux vaudrait me casser la tête au coin d'un mur!
Elle recula, transfigurée par la colère qui éclatait dans ses yeux.
—Alors tu choisiras: elle ou moi!
Jacques se croisa les bras.
—Tu n'as pas le droit de me jeter un pareil défi! Il y a entre nous des liens que ni ta volonté ni la mienne ne pourraient dénouer. Tu n'es pas seulement la mère de mon corps, tu es aussi la mère de mon âme. Tu m'as soufflé mon courage et ma volonté; sans toi, je n'eusse été qu'un ouvrier. Tu ne peux pas ôter de mon être tout ce que tu y as mis! Ta menace ne m'atteint pas, car je n'y crois pas plus quand je t'écoute, que tu n'y crois toi-même quand tu me parles!
—Oui, Jacques, oui,... je ne sais pas ce que je dis! Je suis folle. Tu sais combien je t'adore, mon enfant! Mais ton amour est un sacrilège. Elle a tué ton père; elle l'a livré, elle l'a trahi. Elle a jeté cet homme sans défense à l'acharnement de ses ennemis. Brise ton cœur, s'il le faut; mais fais ton devoir. Tu vois, je ne menace plus, je supplie... Jacques, rappelle-toi ton père, si bon, si tendre...
—J'aime Faustine... je l'adore! dit-il d'une voix sourde.
—Tu n'en as plus le droit! L'abîme s'est creusé entre vous. Rien ne peut faire que le passé n'existe pas. Tu crois que tu peux l'aimer sans remords! Tu ne sais pas ce que c'est que le remords! Une obsession de toutes les heures, de toutes les minutes, qui ne te laisserait ni trêve ni repos!
—Je l'aime! dit-il encore.