Elle voulait le ressaisir, le dominer à nouveau; il était debout maintenant, et des sanglots le secouaient.

—C'est épouvantable! dit-il désespérément. Je sais que je t'aime et je crois que je ne t'aime plus! Je te désire avec toutes les forces de mon être, et je m'imagine que tu me fais horreur! Tu possèdes mon cœur, et mon instinct te repousse! Protège-moi, sauve-moi! Il faut que je t'aime! Je me prosterne à tes genoux. Délivre-moi de cette obsession qui m'épouvante. Éloigne ce spectre qui se dresse devant mes yeux, quand je veux te saisir et t'enlacer... Tu vois, j'ouvre les bras, pour bien te sentir sur mon cœur, pour bien me prouver que tu m'appartiens et que nous ne serons séparés jamais, jamais...

Il disait cela et il s'éloignait d'elle; il ouvrait les bras pour la prendre, et il marchait à reculons pour la fuir. Faustine ne luttait plus. Elle se tenait debout, la tête inclinée, le suivant de ses yeux fixes, emplis de douleur et d'effroi. Elle était sans force contre cet implacable souvenir qui obsédait le cerveau du malheureux. Elle ne pouvait plus rien, rien. Le délire de Jacques revenait, ce délire aigu qui l'avait secoué quelques heures auparavant.

—Non, non. C'est impossible. Je t'aime et je te déteste, je te désire et je te fuis! Je ne peux pas vivre sans toi et je ne peux pas vivre avec toi! Qu'est-ce que nous allons devenir, mon Dieu? Si tu savais comme je souffre! Tu ne me dis rien aussi, tu ne me défends pas contre moi-même... Tu ne vois donc pas qu'il y a un abîme qu'on a creusé entre nous, et que je n'ai plus la force de le franchir pour courir à toi!

—Adieu, dit-elle d'une voix sourde.

—Faustine!

—Va-t'en! Si j'ai perdu ton père, tu as immolé mon bonheur. Nous sommes quittes! J'oubliais les miens tombés dans la tourmente, pour t'aimer, toi, le fils de ceux qui les ont massacrés! Chez moi, l'amour avait tué le souvenir; et chez toi, c'est le souvenir qui a tué l'amour. Va-t'en!

—Faustine!...

Il voulut s'élancer vers elle, mais elle le chassa d'un geste tragique et souverain. Il s'en allait, toujours à reculons, la regardant, ébloui par les yeux de la jeune femme, ces yeux pers où brillaient la colère et le désespoir.

Elle était seule maintenant, très calme en apparence. Elle s'étendit sur la chaise longue, les bras croisés; et désespérément elle se rejeta dans la pensée de la mort. Fini, fini, c'était fini! Il ne l'aimerait plus. Fini! Elle n'avait plus rien dans la vie! Qu'est-ce qui l'attachait encore à l'existence? Froidement, subissant l'impulsion de sa volonté réfléchie, elle prit le couteau sur la table, et se frappa en pleine poitrine.