—Ne pense qu'à notre amour, au bonheur qui nous attend. Quand je me suis arrêtée à Palerme, jadis, avant de te connaître, je me disais qu'on serait bien là, au bord de la mer perpétuellement bleue. Nous irons, veux-tu?
—Oui, partons, reprit-il d'une voix fiévreuse. Tu as raison. Il n'y a que notre amour au monde. Tout le reste ne vaut pas la peine de vivre! Nous sommes jeunes, l'avenir est à nous... Tu es si belle!
Il tenait la tête de Faustine entre ses deux mains et la couvrait de baisers fous. La jeune femme le regardait, vaguement inquiète. Elle sentait remuer dans les yeux de Jacques une pensée maladive qui le possédait.
—Ah! je t'adore! s'écria-t-il violemment, comme pour obliger son amour à vaincre sa volonté.
Leurs lèvres allaient s'unir. Brusquement, il s'éloigna d'elle, et lentement:
—Sais-tu s'il a beaucoup souffert? Est-ce qu'on l'a fusillé tout de suite?
—Ah! malheureux! repousse ce souvenir maudit! Par pitié pour nous deux, livre-toi tout entier à l'amour qui nous possède! Le passé est le passé! Pourquoi veux-tu le revivre, puisque tu ne peux pas le détruire! Je suis entre tes bras. Le présent nous appartient. Et cette heure divine, personne ne viendra nous l'arracher!
—Tu as raison, je suis fou. Ah! ma Faustine, sauve-moi de moi-même... L'infini est dans tes yeux. Nous serons heureux là-bas, où tu veux me conduire. Je t'adore... Oui, serre-moi bien sur ta poitrine. Je sens qu'on va m'arracher de tes bras. Mais tu ne veux point, n'est-il pas vrai? Je t'adore...
Il l'étreignait avec passion. Puis, comme lassé par un effort impuissant, ses bras retombèrent inertes. Un pli se creusait sur son front.
—Ah! c'est affreux, Faustine! Je ne peux pas, je ne peux pas! Il y a quelqu'un entre nous deux! Et quand je te serre sur mon cœur, il me semble que je suis loin de toi!