—Oh! mon Jacques! Et je croyais que nous étions séparés pour toujours!
—Pour toujours, est-ce que cela est possible, mon Dieu! Mais nous sommes créés l'un pour l'autre; mais nous nous sommes donnés librement dans un échange consenti de nos amours. Sans le destin qui ne l'a pas voulu, j'aurais été ton mari. La liaison qui nous unit n'est pas un caprice léger auquel s'abandonnent deux êtres incertains de leur tendresse. Tu es à moi et je t'appartiens. Même quand nous nous quittons, nous sommes toujours ensemble, car tu me gardes et je t'emporte!
Un divin bonheur se lisait sur les traits charmés de Faustine. Et quelques instants auparavant, elle doutait encore de cet être jeune, ardent et sincère! Radieuse, elle laissait tomber sa tête sur l'épaule de Jacques.
—Si tu veux, nous nous en irons bien loin, si loin que nul ne pourra troubler le rêve sans fin où nous nous envolerons tous les deux. Qu'avons-nous besoin de ce monde où tout n'est que mensonge? Je me suis donnée à toi librement: il m'est impossible de me reprendre... Je t'aime...
—Je t'aime...
Il la saisit dans ses bras. Soudain, s'éloignant d'elle avec un mouvement nerveux, il dit très bas:
—Est-ce que tu te rappelles mon père? Te souviens-tu de ce jour où il est entré chez toi?
—Jacques!
—Je lui ressemble, n'est-ce pas?
Elle l'attira violemment vers elle.