—Comment est Jacques? continua Pierre sur le même ton.

—Toujours calme.

Et la jeune femme, en disant ces deux mots, couvait d'un ardent regard un garçon de seize ans qui sommeillait, étendu dans le lit. Les yeux du père et de la mère se rencontrèrent dans une commune pensée. Françoise embrassa tendrement son mari:

—Voyons, ne te tourmente pas, reprit-elle. Le docteur est certain que tout danger a disparu. Tu sais bien qu'il amène aujourd'hui son maître, un grand savant. Ah! je suis plus inquiète de toi que de Jacques, va, maintenant!

Avec une expression de haine farouche, elle étendait son poing fermé dans le vide, comme pour en menacer des ennemis lointains. Elle était belle ainsi, dans l'éclat de ses trente-cinq ans, avec sa crinière blonde qui donnait un caractère étrange à sa figure d'une pâleur mate. Cette fille du peuple avait l'élégance innée. Grande, bien faite, elle semblait créée pour le luxe; ses yeux d'un bleu très sombre, étincelaient; le front haut, un peu bombé au-dessus des tempes, prouvait l'intelligence, et le regard révélait une énergie vaillante. Pierre Rosny oubliait l'enfant pour une minute. Maintenant il contemplait sa femme avec une expression de tendresse fière. Françoise réveilla son malade, et lui fit boire une gorgée de potion.

—Comment es-tu, Jacques?

—Bien, maman. Merci.

—As-tu encore sommeil?

L'enfant sourit:

—J'ai toujours sommeil, murmura-t-il.