Il s'arrêta. Les mots s'étranglaient dans sa gorge. Faustine recula.

—Que vous êtes pâle! Est-ce que?... Dieu!... Mon père!...

Et elle attendait, livide, angoissée, les lèvres entr'ouvertes.

—Oui... murmura-t-il, n'ayant ni la force d'en raconter davantage, ni le courage de s'expliquer.

Faustine comprenait! Elle comprenait, et elle restait immobile, secouée de frissons convulsifs, l'œil fixe. Son père, mort! Voilà ce que signifiait la présence de son cousin et son inexplicable silence. C'était comme un coup de massue que le destin lui assénait sur la tête. Elle étouffait. Et elle ne faisait pas un geste, elle ne versait pas une larme, elle ne jetait pas un cri. Son immobilité épouvantait.

—Faustine! Faustine! s'écria Nelly en la serrant dans ses bras, en la pressant sur son cœur, en la couvrant de baisers.

Mlle de Bressier ne répondait rien. Son front, ses joues, ses lèvres, ses mains se glaçaient. La vie se retirait de cette malheureuse créature, soudainement meurtrie en plein cœur. Nelly la poussait doucement vers un fauteuil. Faustine se laissait faire. Elle s'asseyait docilement. Mais elle continuait à garder un silence effrayant et farouche. A peine un léger tremblement des lèvres, comme si elle se parlait tout bas à elle-même. M. de Guessaint et Nelly s'épeuraient devant cette douleur concentrée, qui ne se répandait ni par des larmes ni par des cris. Mlle Forestier s'agenouillait devant son amie, et baisait ses mains qu'elle mouillait de pleurs.

—Faustine! je t'en prie, je t'en supplie, parle-moi, réponds-moi! Tu ne me vois donc pas? Tu ne m'entends donc pas? Je suis à tes genoux, moi, Nelly, ta meilleure amie, ta sœur... O mon Dieu! est-ce qu'elle va rester comme cela?

Faustine baissa les yeux, ces yeux effroyablement fixes. Elle voyait Nelly maintenant. Elle la regardait. Elle dit à voix haute:

—Alors, mon père est mort...