—Ne jamais quitter mon père, ne point me marier, vivre auprès de cet héroïque et fier soldat... Étienne est destiné à s'en aller toujours au loin. Il n'aurait pu être comme moi, pour le général, un compagnon toujours présent. Tu ne nous aurais pas abandonnés, Nelly. Ta gaieté si franche et si jeune eût été le sourire de notre maison. Et mon père eût vieilli avec nous deux: moi, sa fille; toi, presque sa fille...

Nelly se jeta dans les bras de son amie:

—Tu pleures encore, ma pauvre chérie.

—Hélas! je ne pleurerai jamais assez celui que j'ai perdu!

—Veux-tu me faire une promesse?

—Laquelle?

—C'est qu'il en sera désormais comme si ton père vivait toujours. Tu vas avoir un mari. Pour lui, je ne serai qu'une étrangère. Il voudra nous séparer. Les hommes ont des idées si bizarres! Jure-moi que tu refuseras? Voilà bien des années que nous sommes comme deux sœurs. Je désirerais que l'avenir fût pareil au passé.

Faustine prit les mains de Nelly et la regarda tendrement.

—C'était la volonté de mon père, dit-elle. Je respecterai celle-là, comme j'ai respecté toutes les autres. Que je sois riche ou pauvre, je ne t'abandonnerai pas. Ma maison sera toujours la tienne. Sœurs nous avons été, sœurs nous resterons.

—Tu me rends bien heureuse, ma chérie!