—Te marier! Sans doute je voulais que tu te mariasses. Mais je rêvais pour toi un prince Charmant. Tu es à mes yeux l'idéal de la jeune fille. Ne rougis pas, c'est complètement inutile! Je me disais que tu épouserais un beau jeune homme, follement amoureux...

—Nelly!

—Ne me gronde pas. Ton pauvre père en a décidé autrement? Tout ce qu'il a fait est bien fait. Car ne t'imagine point que je ne sente pas, moi aussi, l'immensité de cette perte. Je suis seule au monde; et si je possède une amie telle que toi, c'est qu'il m'a ouvert sa maison comme il m'ouvrait ses bras. Aussi, ma tendresse pour toi est faite pour moitié de reconnaissance. Je te parle du prince Charmant? C'est que je te voudrais tous les bonheurs. Que ne donnerais-je pas pour t'épargner une larme?

—Ma chérie...

Elles allaient, se tenant par la taille, et vraiment charmantes, ces deux fines créatures. En les faisant presque pareilles l'une à l'autre, la nature semblait avoir voulu rapprocher deux beautés exquises. Faustine et Nelly marchaient depuis une demi-heure, quand celle-ci dit tout à coup:

—Es-tu sûre que nous ne nous sommes pas égarées? Ce parc est si grand que j'ai toujours peur de me perdre.

—Non, répliqua Mlle de Bressier. On ne peut pas se perdre avec Odin. Vois: le saut de loup est à quelques pas. Il suffit de le suivre pour arriver à la grille.

Elles prenaient un nouveau sentier, quand le lévrier russe jeta un aboiement prolongé. Un homme paraissait sur la route. Il sortait du fossé, en se hissant avec les mains. Au lieu de se tenir debout, il regardait à droite et à gauche, épiant d'un air inquiet. A la distance où elles se trouvaient, les jeunes filles le voyaient mal. Cependant, leur premier sentiment fut de la peur. Cet homme semblait être un vagabond peu désireux de rencontrer quelqu'un.

—A moi, Odin! dit Faustine d'une voix brève.

Le lévrier bondit auprès de sa maîtresse.