—Un communard!

—Il ne me l'a pas dit. Ce n'est pas bien difficile à deviner. Il s'agit de le sauver.

Pierre se leva.

—Vous êtes bonne comme Dieu, Mademoiselle, dit-il avec gravité.

—Je ne veux rien savoir, Monsieur. Vos idées ne sont pas les miennes, et, sans doute, vos actions ne m'inspireraient que de l'horreur. Mais je ne veux pas que le jour où j'ai enterré mon père, un homme ait vainement tendu la main vers moi. Ne me remerciez point. Ce que je fais n'est pas pour vous. C'est pour lui. Il a usé sa vie à commettre de nobles actions: je désire que, lui mort, sa mémoire protège encore ses ennemis. Votre visage et vos mains sont noires de poudre. Lavez-les dans ce bassin, là-bas, sous ces arbres. Si vous entriez dans ma maison, un de mes domestiques pourrait vous voir et les commérages sont à craindre. Faites vite. Nous n'avons pas de temps à perdre.

Faustine parlait avec une autorité douce, mais ferme. Pierre salua et obéit. Un bassin était creusé dans l'encadrement des massifs. Le fugitif y effacerait aisément les stigmates noirâtres qui le dénonçaient à tout le monde. Pendant ce temps, Faustine revenue dans l'allée avec Nelly, exposait son plan à Mlle Forestier. Nelly se chargerait de détourner l'attention des domestiques. Elle, Faustine, monterait dans l'appartement d'Étienne, où se trouvait la garde-robe du jeune homme. Elle y prendrait un costume qu'elle donnerait au garde national. Quand il aurait changé de vêtements, on ne pourrait plus reconnaître le fédéré sous le veston bourgeois. Quelques billets de cent francs lui permettraient de s'enfuir aisément. Que deviendrait-il ensuite? Faustine n'avait pas à se le demander. La bonne action serait accomplie. Elle serait quitte envers sa conscience, quitte envers la mémoire de son père.

—Ainsi, tu sauves un de ces misérables qui ont tué le général! dit Nelly.

—Ils l'ont tué sur le champ de bataille.

—Mais sans eux...

—Sans eux, je ne serais pas orpheline; c'est vrai. Que veux-tu? j'ai été élevée dans ces idées-là. Un vaincu est sacré.