Es-tu content, Coucy?
Le parterre reprit en chœur: Couci, couci, et cette mauvaise plaisanterie arrêta quelque temps la représentation.
Rousseau, l'éternel adversaire du poëte-roi, fit sur son Adélaïde, métamorphosée en Duc de Foix, cette sanglante épigramme:
Par le démon de la dramaturgie,
Ce fanatique au théâtre agrégé,
Que l'ignorance, avec tant d'énergie,
Avait sans honte, en Corneille érigé,
De désespoir s'est noyé dans l'histoire.
Sa tragédie a pourtant eu la gloire
De voir deux yeux de larmes l'honorer,
Car, s'il n'a fait pleurer son auditoire,
Son auditoire au moins l'a fait pleurer.
Alzire, en 1736, deux ans après Adélaïde, vengea Voltaire du peu de succès de cette dernière pièce. Alzire réussit et méritait de réussir. Comme pour Zaïre, on fit courir le bruit que cette pièce n'était pas de lui. On le disait devant un homme fort spirituel, qui s'écria: «Je le souhaiterais beaucoup!—Et pourquoi, lui demanda-t-on?—Parce que nous aurions deux bons poëtes au lieu d'un.» Alzire donna lieu à un conflit entre Voltaire et Le Franc de Pompignan, qui prétendit avoir remis cette tragédie entièrement faite entre les mains du premier. Voltaire écrivit dans le même sens pour se plaindre de ce que Le Franc lui avait, à la suite d'une indiscrétion, dérobé son sujet. Sans donner tort ni raison à l'un ou à l'autre, nous rappellerons que le grand Voltaire avait le naturel littéraire assez pillard.
Voici la critique d'Alzire, faite à l'époque où parut cette tragédie, sur l'air du Menuet d'Exaudet:
Pour Montez,
Alvarez
Est en peine:
Car son fils, fier et brutal,
Traite horriblement mal
La race américaine.
Vers pompeux,
Deux à deux,
Il débite:
D'ailleurs tout manque au sujet:
Clarté, vraisemblance et
Conduite.
Tendre Alzire, tu déplores
Ton triste hymen, quand Zamore
Sort d'un trou;
Mais par où?
On l'ignore.
Mis au cachot, il arma
Dans les bois mille ma
Tamore.
En amour,
C'est un tour
Trop précoce,
Qu'aller, loin de son époux,
Courir le guille doux
La nuit même des noces.
Mal en prend
A Gusman,
Qui, pour preuve
De foi chrétienne en sa fin,
Lègue à son assassin,
Sa veuve.
En 1736, Voltaire fit jouer la comédie de l'Enfant prodigue, en cinq actes et en vers de dix syllabes. Le roi fut tellement satisfait du talent des acteurs de la Comédie-Française, qu'il augmenta de mille livres la pension qu'il faisait à trois d'entre eux.