Un nouvel acteur de la Comédie-Française, protégé de Voltaire, obtint l'honneur insigne d'avoir un rôle dans Mérope. Il s'en acquittait médiocrement.—Ah çà! pourquoi avez-vous donné le rôle d'un usurpateur à ce jeune homme? dit-on à Voltaire.—C'est, répondit-il, un tyran que j'élève à la brochette.
Nous n'en finirions pas, si nous voulions raconter toutes les anecdotes qui se rattachent à cette belle tragédie. Il est temps que nous passions à Nanine, comédie en trois actes, tirée du roman de Paméla. En sortant de la représentation, où de grands applaudissements avaient été donnés à sa pièce, Voltaire dit à Piron: Qu'en pensez-vous?—Je pense, répondit celui-ci, que vous voudriez bien que ce fût Piron qui l'eût faite.—Pourquoi, reprit Voltaire, on n'a pas sifflé.—Peut-on siffler quand on bâille?
On voit que les grands auteurs de cette époque ne se rendaient pas toujours justice entre eux, et qu'alors, comme de nos jours, ils sacrifiaient difficilement un bon mot.
La Sémiramis est une des pièces de Voltaire qui, depuis son apparition au théâtre, a le plus excité l'admiration. Elle n'eut point un très-grand succès aux premières représentations. Le 10 mars 1749, l'auteur la fit reprendre avec des corrections, et elle enleva tous les suffrages. Elle est, en effet, versifiée très-fortement, c'est ce qui voile un peu les défauts du plan, de la marche et des caractères. Piron fit un couplet, qu'il appelait l'inventaire de tout ce qui se trouve dans cette tragédie. Le voici:
Que n'a-t-on pas mis
Dans Sémiramis?
Que dites-vous, amis,
De tout ce salmis?
Blasphêmes nouveaux,
Vieux dictons dévots,
Hapelourdes, pavots,
Et brides à veaux:
Mauvais rêve,
Sacré glaive;
Billet, calotte et bandeau;
Vieux oracle,
Faux miracle,
Prêtres et bedeau,
Chapelles et tombeau.
Que n'a-t-on pas mis, etc.
Tous les diables en l'air,
Une nuit, un éclair;
Le fantôme du Festin de Pierre,
Cris sous terre,
Grand tonnerre,
Foudres et carreaux,
Etats-Généraux.
Reconnaissance au bout,
Amphigouris pour tout,
Inceste, mort aux rats, homicide,
Parricide,
Matricide,
Beaux imbroglios,
Charmants quiproquos.
Que n'a-t-on pas mis, etc.
Au troisième acte de cette pièce, il y avait un tonnerre dans une scène où mademoiselle Dumesnil jouait le grand rôle, et un autre au cinquième acte, pendant que mademoiselle Clairon seule était en scène. A la répétition générale, le machiniste qui avait le département de la foudre, étant prêt à lancer le tonnerre dans la scène de mademoiselle Clairon, et ne sachant s'il devait frapper un coup sec et brusque ou faire durer le bruit, s'écria du haut du ciel, à l'actrice: «Voulez-vous le coup long?—Comme celui de mademoiselle Dumesnil, répondit-elle.»
Les comédiens italiens étaient prêts à donner, à Fontainebleau, une parodie de Sémiramis. Voltaire l'apprit, en témoigna le chagrin le plus vif, et écrivit à la reine une longue et suppliante lettre, pour demander la suppression de cette parodie. Il réussit à empêcher la représentation.
Oreste fut l'objet d'une plaisante anecdote. Voltaire voulait lutter contre l'Électre de Crébillon; il fit imprimer, sur les billets de parterre les lettres initiales de ce vers d'Horace: